Je suis donc un chat sauvage, né de père inconnu et d'une mère qui a manifestement beaucoup souffert jusqu'au jour où elle rencontra cette maisonnée...
C'est ma patronne qui remarqua un jour cette pauvre chatte abandonnée à l'oeil terne et triste qui rôdait autour de la maison. Elle remarqua aussi que son ventre, déjà déformé par ses grossesses antérieures était annonciateur d'une nouvelle portée...
Alors, elle se mit à lui préparer du lait, ce dont ma mère raffole, puis quelques croquettes, puis les quelques restes des repas de la journée et, quoique restée craintive et méfiante, elle comprit qu'un bon fond se dégageait de ces lieux...
Jusqu'au jour où elle alla accoucher dans les rocailles de la garrigue parfumée de thym et de romarin où je vis le jour, moi, ma soeur et mon frère ...
Ma mère ne supportait pas d'être épiée. En effet, ma patronne, ne la voyant plus venir goûter au lait chaud qui lui était offert, s'inquiéta. Elle finit par trouver sa "planque", ce qui n'était pas du tout du goût de ma mère. Alors, elle nous déménagea, tous les trois, les uns après les autres, pour nous déposer dans un autre coin secret . Enfin, c'est ce qu'elle croyait...
Car, sans le savoir, elle atterrit chez un voisin qui avait un chien. Celui-ci finit par alerter son patron qui s'inquiéta de son agitation et de ses aboiements. Et c'est alors que, lui aussi, il fit la découverte de la nichée aux trois chatons dont j'étais un des figurants.
Il tomba sous le charme de ma petite soeur, qui ressemblait au mannequin de la pub "Félix", vous savez, ce petit chat noir et blanc farceur à l'oeil coquin que l'on retrouve sur des boîtes de nourriture pour chats !
Il ne restait plus que moi et mon frère...
Je ne me souviens pas ce que devint mon frère à ce moment là... Mais je puis vous dire qu'à l'heure actuelle, il est toujours en vie et qu'il vient discrètement me rendre visite dans ma propriété. La différence avec moi est qu'il a les pattes arquées et qu'il a gardé la ligne, lui !
Autrement, dans cette famille, nous nous reconnaissons tous à notre tablier blanc qui prolonge notre cou et notre menton et nous avons aussi tous des gants et des bottes blanches...
Mais revenons à nos moutons... Ma mère, peu après son accouchement clandestin fut capturée par mes patrons pour être menée chez le vétérinaire et stérilisée...Celui-ci leur annonça qu'elle attendait encore des bébés ! Quelle vie ! Mes patrons dirent aussi qu'ils l'adopteraient car ils ne voulaient pas d'euthanasie...
Dès qu'elle eût été opérée, elle regagna la garrigue et se précipita nous récupérer moi et mon frère. Jusqu'au jour où elle se décida à me présenter à mes patrons.
Ceux -ci tombèrent sous le charme. Il faut bien dire la vérité : j'étais mignon.
J'avais l'oeil rond, j'étais petit, la frimousse ramassée et j'étais tout neuf. Mes pattes arrières étaient si puissantes qu'elles soulevaient tout mon arrière-train lorsque je me déplaçais ...
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